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Une première expérience au Sénégal
Carnet de voyage.

Ca fait tout drôle de raconter son premier voyage au Sénégal. C'est à la fois vieux et proche. Ce fut en plus une expérience très mitigée. J'étais alors étudiant et en plein hiver, je commençais à m'ennuyer sérieusement. Natif de la Côte d'Azur, le climat hivernal de mon petit village de l'Isère finît de me convaincre de prendre ce qui devait être une année sabbatique. Avec en poche 8000FF (1200€) d'économies et un billet d'avion aller simple pour Dakar, je m'étais mis en tête de devenir prof de Français au Sénégal. Ma grand-mère, inquiète comme pas deux, pour m'éviter de mourir de la Peste Noire, de la Fièvre Jaune ou d'une autre maladie colorée s'était mis en tête de me payer ma première semaine au Club Med des Almadies (où elle-même et mon grand-père avait l'habitude de se rendre) afin de m'adapter au pays avant d'y mourir !

Photo à gauche de S. Waldman : moi devant un fromager à Bubaque (Bijagos 1997)

Bref, je partais plein d'espoir, avec des idées d'aventure plein la tête. Je me voyais déjà en Indiana Jones dévalant les cascades enragées du fleuve Sénégal, et ouvrant une nouvelle voie dans la forêt casamanço-amazonienne ! La valise pleine de pellicules, d'un super appareil photo et de mes derniers shorts, j'arrivais donc de nuit à l'aéroport de Yoff.

  Au Club Med : J'avais voyagé dans l'avion avec une jeune fille qui justement venait bosser au Club Med en tant que GO (Gentils Organisateurs). A l'arrivée, j'ai donc pris la voiture du Club. A l'époque (en 92) les environs de l'aéroport et la route menant de Yoff à Ngor n'étaient pas aussi "construits" qu'aujourd'hui et on pouvait encore voir quelques petits espaces de "brousse". A peine sorti du parking de l'aéroport, en pleine nuit, je m'imaginais donc le bord des routes recouvert de cases africaines avec des singes dans les arbres. On se fait beaucoup d'idées quand on a jamais mis les pieds en Afrique Noire.... A la télé, l'Afrique c'est soit les grandes plaines du Kénya soit les têtes de cadavres décapités qui flottent sur le lac Kivu. Bref, une fois arrivé aux Almadies après 10 minutes de taxi à travers ce que je m'imaginais être les prairies du Kénya, j'allais me coucher dans ma chambre avec vue sur la mer en attendant de pouvoir enfin me lever pour admirer le splendide paysage que l'Afrique m'offrirait !

 

Le petit matin m'apporta ma première désillusion ! Au lieu d'une plage sauvage bordée de cocotiers, je ne pouvais observer de ma chambre qu'une côte rocheuse et une misérable plaginette de sable. Au lieu d'un ciel bleu et d'un tiède matin, je n'avais à ma disposition qu'un ciel gris et une température nécessitant franchement une petite laine. Si ce n'était la présence des cocotiers et de quelques margouillats, j'avais plus l'impression d'être en cette fin mars 92 en Normandie qu'en Afrique tropicale. Après un bref petit-déj' je commençais donc mon "exploration" du Club, de ses étranges employés et de ses non moins étranges clients.

Ce fut pour moi, dès le premier jour, l'occasion de rencontrer la personne qui allait devenir mon premier camarade sénégalais. Alassane pêchait au lancer sur les rochers de l'extrême pointe des Almadies, au coeur du Club Méd. On était en plein ramadan et Alassane n'était pas au meilleur de sa forme. J'étais néanmoins très heureux de discuter un peu avec lui. Alassane m'expliqua qu'il était "lébou", qu'il était originaire du "village" de pêcheurs nommé Ngor qui se trouvait non loin de là et qu'il était le seul pêcheur sénégalais plus ou moins autorisé à traverser la grille du Club pour pénétrer sur la plage. Après quelques minutes à l'observer avec admiration sortir de magnifiques truites de mer, je repartais me réchauffer au bar en repensant au fameux village d'Alassane...

Le lendemain, impatient d'en savoir plus, j'allais dès l'aube rejoindre le pêcheur sur la plage espèrant secrétement qu'il allait me proposer enfin de me faire visiter son fameux "village". Discret et plutôt timide, Alassane était vraiment peu prolixe de nature et son français très approximatif n'améliorait en rien son désir de communiquer. Je trouvais d'ailleurs très amusant de l'entendre parler de lui systématiquement à la troisième personne car il avait manifestement un problème avec le JE. Bref, mon jeune âge aidant (17 ans à l'époque soit quatre fois moins que la moyenne d'âge du glorieux établissement dans lequel je séjournais) une réelle amitié est vite née de cette deuxième matinée de discussion et Alassane me proposa de prévoir une visite au "village" le lendemain.

  Ngor Village : A l'aube du troisième jour, équipé de mon appareil photo, je rejoignais donc Alassane sur la plage pour qu'il m'emmène enfin visiter son village de pêcheurs. Je dois préciser ici que le Club Med est situé sur un domaine relativement grand dont une bonne partie est constituée de bosquets qui ceinturent l'hôtel. De plus la "plage" est en pointe : d'un côté il y a une espèce de falaise qui empêche de voir à l'extérieur et de l'autre une digue sépare l'hôtel de la micro-zone touristique des Almadies. Impossible donc pour qui arrive de nuit de voir ce qu'il y a à l'extérieur du camp retranché.

Cette première sortie du troisième jour était donc pour moi pleine de promesses. Même si je suis d'un naturel très aventurier (trop parfois), j'attends toujours un ou deux jours pour m'acclimater avant de me lancer dans les plans merdiques. Bref, donc j'étais prêt à traverser la grille plagesque du Club malgré le fait que le gardien sénégalais fit la gueule en voyant un GM (gentil membre) se faire la malle avec un PGS (pas gentil sénégalais). L'ennemi du Sénégalais pauvre est le Sénégalais insignifiant en uniforme. A peine traversée la grille et la route bordée de villas luxueuses, ce fut le temps de la deuxième désillusion. Au lieu d'une brousse tant rêvée, un immense terrain vague recouvert de strates de détritus puants s'étalait jusqu'aux portes d'un bidonville bétonné et inachevé remplaçant mes chimériques cases africaines si pittoresques. Autant dire que ma première impression à la vue de ce spectacle apocalyptique, à mille lieues de ce que je m'imaginais de l'Afrique, a été une immense déception. Heureusement elle fut de courte durée. A travers un dédale de ruelles sablonneuses je découvrais la vie dakaroise sous tous ses aspects : ces myriades de gosses joueurs, danseurs, pleureurs et chanteurs ; ces milliers d'odeurs, des plus agréables commes celles du thiouraye (encens) ou de la sauce à l'arachide jusqu'aux moins délicates telles que celles des bassines de déchets jetées n'importe où ; ces cours intérieures appelées encore "concessions" où une famille au sens large habite entière (des aïeux aux arrières-petits-cousins...) ; ces sons venant de toutes parts, du lointain battement de djembé jusqu'au vieux magnétophone passant une chanson de Youssou Ndour en passant par la contine que les enfants répètent inlassablement en riant quand un Blanc croise leur chemin : "Toubab diwline niankatan, Toubab meyma niar dorom" (Toubab, pour mettre de l'huile dans le riz, donne moi 10CFA). Bref, toute cette vie typiquement sénégalaise qui allait très vite et pour longtemps me devenir familière. Si la première visite fut brève, les suivantes me permirent de découvrir toujours un peu plus Ngor. Au fil de mes visites j'eu la chance de rencontrer une foule de Ngorois qui devinrent par la suite aussi de bon amis : l'amusant Chérif Bakhoum, le soporiphique El Hadj Ndoye, etc... Ce furent autant d'occasions de découvrir les délices du thé sénégalais, l'ataya, et de la gastronomie locale.

Au bout de quatre jours, je décidais donc d'enfin quitter le Club pour m'installer chez Alassane, à Ngor où l'horizon sénégalais s'offrait à moi. Durant quelques jours dans le quartier de "petit Ngor", j'ai pu faire la connaissance de toute la famille "Gueye-Samb" composée entre autres de Fatou Gueye, la très souriante et maternelle maman guinéo-sénégalaise originaire de Kankan, Saliou Samb, le père qui a voyagé dans toute l'Afrique de l'Ouest, et bien sûr tous les enfants de Djibril en passant par Seydina, Niali ou Peye-Peye ! Dans ce contexte si familial, je ne mis pas longtemps à me sentir vraiment à l'aise au Sénégal même si il est vrai que Ngor me pesait un peu tant j'avais envie de voyager à l'intérieur du pays. Ceci n'échappa pas à Alassane qui dès lors me proposa de planifier un voyage vers Saint-Louis (ville qu'il connaissait bien pour y jouer au football durant les navétanes, tournois estivaux sénégalais). Le départ fut donc fixé pour trois jours après. Entre temps, j'eu la chance de connaître ma première arnaque, passage obligé pour tout nouvel arrivant au Sénégal. Elle se présenta sous la forme d'un Camerounais (pourtant de nombreux Sénégalais étaient aussi spécialistes), Jean Moukiri Kono.

  Jean Moukouri Kono : Jean Moukiri Kono représente parfaitement le genre de type qu'il vaut mieux éviter de croiser au Sénégal. Revendeur camerounais de matériel à l'origine douteuse (ce qu'évidemment je ne savais pas), je l'avais croisé au hasard de mes balades à l'intérieur du village du Ngor. Voyant mon équipement photographique, il me proposa aimablement de le compléter avec deux superbes zooms et un flash infrarouge. Je lui achetais donc ce matériel en faisant assurément une bonne affaire même si le prix d'avant la dévaluation du CFA (qui a eu lieu en 94) était quand-même conséquent. Trouvant cet homme sympathique et débrouillard, je lui faisais même part de ma dernière trouvaille faite en téléphonant dans une cabine au Club Méd. A l'époque les cabines téléphoniques publiques à carte (ça n'existe plus aujourd'hui) fonctionnaient avec un système à carte optique (sans puce).  Bricoleur à mes heures, j'avais vite compris que le crédit temps était épuisé quand l'oeil optique de la cabine arrivait sur l'espèce de mini-pièce métallique "miroir" à droite de la carte. Il suffisait de gratter ce mirroir afin de le rendre opaque et le crédit temps devenait illimité. Le père Moukiri Kono a dû d'ailleurs se faire pas mal de fric avec mon invention à but non lucratif... Bref, au bout de trois jours, le voilà qui se ramène pour me dire qu'une partie du matériel qu'il m'avait vendu ne lui appartenait pas, que c'était une erreur, qu'il fallait que je lui rende mais que lui ne pouvait me rendre mon argent, etc... Je le renvoyais évidemment sur les roses ce qui me valut une semaine de harcèlement quotidien où à force de fatigue je finît par céder et lui rendre une partie du matériel que je lui avais payé. Ce fut ma première grosse fatigue. Heureusement, le voyage pour Saint-Louis était programmé pour le lendemain et j'oubliais vite ce premier plan lamentable nommé Moukiri Kono qui allait d'ailleurs ne devenir qu'un petit joueur face aux truands auxquels j'allais avoir affaire durant "mes années sénégalaises"..... Après une soirée à boire le thé sur la terrasse et une mini sieste, il était donc temps de prendre le premier "Ndiaga Ndiaye" (car rapide) en direction la gare routière de Dakar.

  Gare routière : Arrivés à la gare routière aux premières lueurs du matin, c'était déjà la pagaille. Tout le monde nous interpellait pour prendre telle ou telle voiture, mendier quelques pièces ou vendre un régime de bananes ou des piles pour ma montre. Si j'avais su que durant les années qui allaient suivre, j'allais venir des dizaines et des dizaines de fois dans cette gare routière "des Pompiers"... Pour aller à Saint-Louis, il n'y eut  pas de problème, tout alla pour le mieux car les 505 partent toutes le cinq minutes. Il ne nous restait qu'à choisir. Le premier à partir serait le bon.  Une fois les valises bourrées dans le coffre, quelques minutes d'attente pour faire la monnaie de mon billet de 10.000 et en route ! J'avais avec Alassane, le désagréable privilège d'être assis sur la place du fond, avec une femme qui rentrait à Saint-Louis.

 Malade en route : Les premiers kilomètres jusqu'à Rufisque me désespérèrent. La ville, la ville, la ville rien que la ville. Quand allais-je enfin voir la brousse, la forêt ? Embouteillages, pollution et sable étaient le seul paysage. Ce n'est qu'après avoir dépassé Rufisque, en allant vers Thiès que le monde rural apparut enfin. Les baobabs majestueux, les villages traditionnels avec leurs cases si bien intégrées au paysage, les moutons et les "zébus" qui traversaientt la route à tout moment déclenchant des coups de klaxon tonitruants me laissaient espèrer que le reste de la route et Saint-Louis serait une expérience inoubliable. Mais tout se gâta très vite à cause de problèmes digestifs très gênants. La tourista fit enfin des siennes. Quand sur une route, à des heures de l'arrivée, une irresistible envie de chier (excusez-moi !) vous prend, on peut dire que tout va mal.

Photo à droite de S. Waldman : moi sous le auvent d'une case en Guinée-Bissau (1996)

Essayer de dormir pour ne plus sentir les douleurs spasmodiques de vos intestins n'est pas la meilleure solution. Le mieux est avec humour de demander au chauffeur de s'arrêter pour aller faire un tour dans la brousse. Hélas, la flore est rare durant la saison sèche entre Thiès et Saint-Louis. Les étendues désertiques ne me permettaient guère de cacher mes fesses et mes petits besoins. Il ne nous restait qu'à souhaiter que l'arrivée soit proche. Dans ma tête d'Européen 270 kilomètres à faire = 3 heures de route. C'était évidemment sans compter les innombrables arrêts, les routes défoncées, la voiture peu rapide, les pneux crevés etc... Par un miracle inattendu, je réussit à ne pas balancer la soupe (excusez-moi bis) avant l'arrivée à Saint-Louis, à la gare routière. C'est dans cette gare routière que j'ai pu libérer bruyamment le savant mélange aéro-liquide amibien dans des latrines infectes grouillantes de mouches. Alhamdoulilahi !

  Saint-Louis, quartier Angueul Tall à Pikine : Dès l'arrivée à Saint-Louis, je dus subir une déception de plus. Je m'attendais à une ville propre, fleurie, se prélassant le long du fleuve. Je trouvais là une ville relativement sale et abandonnée, un petit Dakar en somme ! Je devais résider au quartier Angueul Tall, un quartier populaire de Pikine, sur le continent, à gauche avant d'arriver à la gare routière. Ce n'est que des années plus tard que j'ai su que le quartier Angueul Tall à Pikine était en fait le quartier ANGLE Tall prononcé à la Sénégalaise !!! Le Sénégalais a des facilités avec certaines doubles-voyelles (Mb, Nd, etc...) et de grosses difficultés avec d'autre (Vr, Sp, Pr, Fr, etc..). Ainsi il prononce poivre "povar" ou "pobar", sport "esport", stylo "estylo", France "Faranse" ou angle "angueul", etc.. Bref, c'est après avoir marché pendant dix minutes à travers des ruelles sableuses dignes du labyrinthe du Minos que nous arrivâmes enfin dans la famille Ndiaye, du quartier Angueul Tall.

  Mame Fama Ndiaye : Alassane était un habitué de la maison puisque c'est ici qu'il séjournait toujours lorsque chaque été il participait aux navétanes (tournois de foot estivaux). Malgré son origine ngoroise, il était d'ailleurs une star à Saint-Louis puisque ses talents au football étaient indéniables. Le quartier de Pikine, l'un des plus pauvres de la ville ne manquait cependant pas de pittoresque et j'eu la chance dès le premier jour d'assister à mon premier "Simb", le faux lion sénégalais si prompt à effrayer les gamins réunis autour et qui détalent au moindre mouvement du monstre terrifiant. J'étais accompagné par Mame Fama Ndiaye, la fille cadette de la famille Ndiaye. Mame Fama ne parlait pas français mais elle était ma foi rudement jolie et avait le même âge que moi. La communication étant difficile elle conclût qu'il serait plus facile de faire connaissance au night-club le soir même (samedi). Le Walo était une boîte saint-louisienne à la mode à cette époque (elle a je pense depuis disparu à force d'inondations à répétition). En compagnie de d'Alassane et de Fama j'allais donc connaître ma première soirée sénégalaise le jour même de mon premier "Simb". Si ça s'est un peu arrangé ces dernières années, il faut savoir que dans les boîtes populaires africaines le volume du son a beaucoup plus d'importance que sa qualité et, même si je ne suis pas spécialement mélomane, l'ambiance assourdissante du Walo ne me convenait guère. Au bout de trente minutes, voyant qu'Alassane ne semblait pas incommodé par le bruit et voulait rester s'amuser un peu, je décidais de rentrer me coucher. Mame Fama, inquiète de me voir rentrer seul de nuit (c'est con un Blanc ça se perd partout !) me raccompagna jusqu'à ma chambre. Et ce qui devait arriver arriva. Comme disait ce petit pédé de Rimbaud, "on est pas sérieux quand on a 17 ans". Fama fut ma première expérience amoureuse sénégalaise. Après quelques jours enchanteurs à Saint-Louis, à la découverte de la Langue de Barbarie, de la vieille ville et du quartier de pêcheurs de Guet Ndar où Alassane avait tant d'amis, nous décidâmes qu'il était temps de revenir à Ngor.

 Retour en train : C'était l'heure de rentrer. Je serais bien resté quelques jours de plus mais le bilan humain de ma visite à Saint-Louis était vraiment positif. Je n'allais plus voir Mame Fama pendant un an. Ma mauvaise expérience du taxi-brousse allait nous pousser à prendre le train pour le retour. Je voulais en plus tenter absolument cette expérience. La gare de Saint-Louis, juste en face du marché, grouillait de monde à l'époque (aujourd'hui elle est fermée puisque le train ne passe plus). L'arrivée ou le départ du train était toujours un évènement. Après qu'Alassane eut acheté  deux billets en première classe (la deuxième classe est constituée de bancs en bois), il était temps de monter bien que je doutâsse que le train parte à l'heure ! Nous n'étions que 5 ou 6 passagers dans le wagon de première et les places étaient relativement confortables. Genre sièges Pullman de nos bons vieux trains de chez nous. Après 45 minutes d'attente, le train se décida enfin  à partir. Allais-je enfin pouvoir découvrir le paysage que ma tourista de l'aller m'avait empêché d'admirer ?  En fait le trajet fut un véritable plaisir. J'aurais voulu que le train ne s'arrête jamais. J'encourage tous ceux qui n'ont jamais pris le train en Afrique à l'essayer au Sénégal ! Le parcours fut encore plus long qu'avec le taxi-brousse, mais quelle paix et quel confort !

C'était presque une ambiance de Far West que d'entendre la locomotive "klaxonnant" toutes les cinq minutes pour chasser les animaux qui se trouvaient sur la voie et pour effrayer un peu les gosses qui jouaient au foot entre les deux rails ! Tous les quarts d'heure le train s'arrêtait pour faire descendre ou monter des passagers parfois sans même qu'une gare existe.  C'est alors l'occasion pour toutes les femmes du village d'aborder le train avec des paniers de mangues, de papayes, de biscuits ou autres spécialités locales qui coûteront plus cher à Dakar. Le train était en outre l'occasion de voir le paysage changer au fur et à mesure que Dakar se rapproche. D'une steppe désertique, nous passions à une savane peu dense, puis plus dense et enfin la grande forêt de baobabs, certes épars mais si impressionnants ! Lorsque les premiers quartiers urbanisés de Rufisque et Dakar apparurent au loin, un sentiment de nostalgie me prenait mes derniers moments de joie "ferroviaire".

Photo à gauche : moi (oui c'est une page sur moi) sur l'île de Ngor avec Meïssa (1995).

  La ruine : De retour à Ngor, il était temps de faire le bilan financier des 15 premiers jours de l'année que je devais passer au Sénégal. Mon séjour à Saint-Louis et mes courses chez Moukouri Kono avaient réduit mon pécule comme peau de chagrin et les 350 derniers jours à passer en Afrique s'annonçaient plus que difficiles. Ma tourista n'en finissait pas de me ronger les intestins (après ce premier séjour je n'ai d'ailleurs plus jamais été malade...) et le thieb bou djen, plat national qui me paraissait au début délicieux par son exotisme m'est rapidement devenu insupportable si bien que mes frais de bouche au restaurant ont fini par exploser. L'idée que j'allais devoir rentrer rapidement en France sur un échec cuisant et honteux faisant monter en moi, petit à petit, une rancune injustifiée contre le Sénégal, ce pays où rien n'était aussi facile que je l'aurais espéré. Il faut dire que l'idée de travailler ne m'avait pas effleurée depuis le jour où, à Paris, j'avais bouclé mes valises. Voyant la catastrophe aussi imminente que la fin de mes économies, je décidais de trouver intelligents les conseils de retour de ma famille et de Marie, ma copine du moment

  Le retour : Dernière partie de l'histoire, la moins glorieuse. Après avoir trouvé in extremis un billet d'avion retour à un prix raisonnable pour rentrer en France, je décidais de passer mes trois derniers jours... au Club Med pour fuir au plus vite tout ce qui avait rapport avec le Sénégal (excepté mon cher ami Alassane que j'allais voir tous les matins sur la plage). Je devais rentrer le 2 avril, ce qui me laissait le temps de me refaire une santé. C'était sans compter l'ingéniosité sans borne du Club Méd pour assassiner ses GM. Je n'ai qu'un souvenir très diffus de mes trois derniers jours au Sénégal, au Club.

Le matin du 31 mars, je décidais de m'inscrire pour une sortie en pirogue à la pêche à la palangrotte du lendemain matin. Le soir, ce fut une soirée "cocktails tropicaux à volonté" comme seul le Club sait les organiser. Ce fut une soirée d'abus puisque j'avais décidé de me désinfecter les boyaux avant de rentrer. Fin fait, je partis me coucher en titubant, sans oublier cependant de mettre mon réveil pour ne pas louper ma palangrotte du lendemain. A 07h30 GMT du 1er avril, pris d'un mal de tête lancinant dû aux abus de la veille au soir, je me rappelle vaguement m'être dirigé vers le restaurant du club, fermement décidé à prendre un bon jus d'orange et à manger quelquechose pour éviter de vomir. J'avais 20 minutes pour me sustenter avant le départ de la pêche en pirogue à laquelle je regrettais déjà de m'être inscrit. Mais c'était sans compter l'humour du "Chef GO" qui comme poisson d'avril nous fit croire à nous, pauvres GM, que le restaurant s'était écroulé dans la nuit et que le petit-déjeuner était annulé. Triste, abattu, à deux doigts de rendre mes boyaux, je me dirigeais donc vers la rade des pirogues, trop épuisé pour penser qu'à 600 balles par jour ceci ne devait être qu'une mauvaise farce. Au bout de dix minutes, la tête penchée par dessus bord, je rendais à la mer tout ce que le Sénégal m'avait donné depuis trois semaines, avec en prime un peu de bile. La sortie qui devait durer une heure et demi s'est vite écourtée au grand dam des autres pêcheurs qui sans doute me maudirent de leur avoir fait louper la prise du siècle.

Les 24 heures suivantes se déroulèrent entre le lit et la cuvette des toilettes. Je pris sans aucun regret le taxi qui m'emmena le lendemain soir à l'aéroport et le tampon "DEPART" qu'aposa le policier sur mon passeport en salle d'embarquement fit l'effet sur moi du meilleur des remontants. Je me promettais, une fois les lumières de Dakar disparues du hublot de l'avion, de ne plus jamais mettre les pieds au Sénégal... J'y ai passé une bonne partie des années qui suivirent.


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  • Message déposé le 02/01/2009 - 21:01 par ASTOU  1 votes   
    Heureusement que tu dis y avoir passé une grosse partie des années qui suivirent, car en lisant tout çà, on a pas franchement envie d'y aller! la dernière phrase me réconforte, car mon mari (sénégalais de saint-louis) et moi, allons nous installer à saint-louis d'ici deux ans, le temps de construire un petit pied-à-terre pour être chez nous dès notre arrivée!