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Les feux de brousse au Sénégal

Le Sénégal connaît chaque année, autour des mois de janvier et février, un pic des feux de brousse qui ravagent des centaines de milliers d'hectares de terres propices à l'agriculture. Ceux de 2006 ont détruit plus de 400.000 hectares de terres, d'où le cri d'alarme du Centre de suivi écologique (CSE).

Dans son rapport 2006 intitulé ''Suivi des feux de brousse au Sénégal'', le CSE indiquait que pendant chaque saison sèche, ''les incendies ravagent une grande partie des écosystèmes sénégalais. La saison des feux s'étend en général d'octobre à mai. La répartition temporelle et spatiale des foyers n'est pas homogène et varie d'une année à une autre''.

L'essentiel des feux se propage dans les parties sud et sud-est du pays, notamment les régions de Tambacounda, Kolda, Ziguinchor, Louga et Matam. En revanche, il y a moins d'incendies dans la partie nord du Sénégal, en raison, entre autres, des mesures prises par les autorités en matière de sensibilisation et de mise en place des moyens humains et matériels. Cette mobilisation a permis de stopper la recrudescence des feux enregistrés au début de la saison où d'importantes superficies avaient brûlé.

Par ailleurs, on note une quasi-absence des feux dans la frange ouest de ce pays d'Afrique de l'ouest. Cette absence s'expliquerait par deux facteurs : la localisation dans cette partie des grands centres urbains et la concentration des espaces agricoles. Le centre du pays, qui correspond au bassin arachidier, est faiblement atteint. Dans le bassin arachidier, zone fortement agricole, les feux sont de faible ampleur. Cette situation peut s'expliquer par l'importance des surfaces emblavées d'une part, et d'autre part par l'utilisation de résidus de récoltes comme fourrage, ce qui réduit ainsi les matériaux combustibles. ''Il apparaît ainsi que les feux de brousse revêtent un caractère rural et affectent plus de la moitié du territoire national'', souligne le CSE.

Au total, la saison 2005-2006 des feux a été exceptionnelle avec de grands foyers à travers tout le pays. Les superficies brûlées dans le département de Linguère, dans le sud du pays, représentaient neuf pour cent de son étendue et 41 pour cent du total brûlé au plan national. Plus de neuf pour cent de la superficie du département de Bakel sont touchés par les feux de brousse où de nombreux cas de feux à superficies réduites ont également été enregistrés. Les incendies sont favorisés en partie par les quantités élevées de biomasse enregistrées dans ces zones suite à une saison de bonne pluviométrie, indique le CSE. En effet, dans les zones de grand incendie, la quantité de biomasse mesurée à l'hectare dépasse les six tonnes par endroits tandis qu'au nord, elle avoisine la tonne et demie dans des endroits où d'habitude, elle ne dépassait guère les 300 kilogrammes à l'hectare. Cette situation peut également s'expliquer par les mises à feu précoces le long des axes routiers et ferroviaires et aux alentours des villages dans la région de Tambacounda par le service des eaux et forêts et les parcs nationaux. En effet, les feux précoces, réalisés dans les règles, constituent un moyen de prévention des feux tardifs pour les forestiers.

Malheureusement, le respect par les populations des meilleures conditions de leur mise en œuvre, laisse parfois à désirer et par conséquent, ces feux, qui étaient perçus comme moyen de limitation des dégâts, deviennent souvent de véritables incendies. D'autre part, la densité de la végétation dans la partie sud du territoire peut expliquer la fréquence et le caractère violent des incendies qui surviennent parfois lors des préparations agricoles. Ces dernières consistent à défricher les parties périphériques des forêts riveraines des terroirs villageois.

Au cours de ces opérations, les populations mettent le feu pour la conquête de nouvelles terres en procédant à la reconversion d'une partie de la forêt en terres de cultures. Elles évitent ainsi des travaux laborieux de défrichement et ces actes restent souvent incontrôlés. Selon Papa Mawade Wade, un spécialiste des questions de désertification, depuis la grande sécheresse des années 1970 qui a frappé toute l'Afrique de l'ouest, le Sénégal perd chaque année, de façon irrémédiable, 80.000 hectares de son couvert forestier, et connaît par la même occasion une baisse de rendements de 25 pour cent de ses sols.

C'est une raison supplémentaire pour laquelle ces feux de brousse sont une menace pour le pays d'autant plus que ''depuis son indépendance en 1960, les superficies totales réservées au secteur agricole sont restées inchangées dans la mesure où les nouvelles terres de production ne font que remplacer celles qui sont perdues à cause de la baisse de fertilité des sols'', indique l'agronome Mansour Fall. Fall précise que seuls 19 pour cent de la surface arable du Sénégal se prêtent à l'agriculture. Si en plus, les feux de brousse devraient encore chaque année réduire cette superficie, il en résulterait un gros déficit pour l'agriculture du pays.

Afin de limiter ce phénomène qui ravage chaque année les forêts sénégalaises, le CSE recommande, pour les prochaines campagnes, l'identification des zones à haute production de biomasse avant la fin de la saison des pluies, la mobilisation des moyens humains et matériels dès le mois de septembre. Le CSE recommande également la création et l'équipement des comités de lutte dans les zones névralgiques, l'incitation des populations à la mise en place et au nettoyage des pare-feux à la fin du mois de septembre et l'encouragement de la mise à feu précoce dans les zones où cette pratique est bien adaptée.

Le Sénégal a adopté son Programme d'action national de lutte contre la désertification (PANLCD) en octobre 1998. ''Les pertes annuelles de surfaces forestières dues aux feux de brousse sont estimées à 350.000 hectares de forêts'', selon le PANLCD. (FIN/2007)

Michée Boko
Les travaux du CSE:

OBJECTIFS

La saison des feux de brousse s'étend, au Sénégal, de novembre à mai et chaque année d'importantes superficies de pâturages et de forêts sont détruites. L'analyse des images NOAA-AVHRR permet d'obtenir des informations sur ces feux en temps quasi réel. Celles-ci sont par la suite validées sur le terrain.

Ainsi, les images de jour permettent de cartographier les zones brûlées, tandis que les images de nuit sont utilisées pour identifier les feux actifs.

METHODOLOGIE

La méthodologie de classification consiste à effectuer un seuillage du canal 3 (infra-rouge thermique) sur les images de nuit pour détecter les feux actifs. En effet, la sensibilité du capteur AVHRR est renforcée par le contraste entre des surfaces qui ont tendance à se refroidir et des températures anormalement élevées dues au passage des feux. En outre l'absence d'incidence solaire annule les risques de confusion avec des surfaces absorbantes proches des corps noirs, aux caractéristiques spectrales analogues aux surfaces brûlées, comme les cuirasses latéritiques.

Par contre, les images de jour sont plus adaptées à la cartographie et l'estimation des superficies brûlées. La technique de la composition colorée, avec les canaux 1, 2 et 3 placés respectivement dans les plans-images rouge, bleu et vert, permet de visualiser sur l'écran de contrôle les zones brûlées. L'affichage multispectral ainsi réalisé ressort bien leurs caractéristiques radiométriques. Une classification supervisée est alors effectuée par la technique dite du "boxclass" pour isoler les surfaces brûlées, qui sont mesurées par comptage des pixels classifiés.

Il convient d'ajouter que des vérifications sont régulièrement effectuées sur le terrain. Cette action est indispensable compte tenu de la difficulté que pose la cartographie des zones brûlées dans certaines régions telles que la partie sud du Sénégal, couverte de végétation forestière de type soudanien. La vérification se fait à l'aide du dispositif GPS (Global positioning System) du CSE, qui permet une navigation très précise en direction des zones recherchées et leur mesurage.

RESULTATS ET ANALYSE

Le suivi 1994-1995 révèle une baisse des superficies brûlées détectées par rapport à la saison précédente, puisque seulement 253 315 ha ont été classifiés contre quelques 750 000 ha en 1993-1994. Pour l'essentiel cette baisse très importante est due à la production moindre de matière sèche dans certaines zones éco-géographiques du pays à l'issue de la saison de croissance. Elle s'explique partiellement par l'ennuagement qui a gêné la détection pendant une bonne partie de la période d'activité des feux.

Outre ces causes d'origine naturelle, des changements de plateformes satellitaires ayant eu lieu, expliquent en partie cette baisse. En effet, l'année 1995 a été marquée par le lancement du satellite NOAA 14, qui a fonctionné après une période probatoire d'environ un mois au cours de laquelle ses produits n'ont pu être exploités. Il s'est révélé par la suite que le principal avantage de ce nouveau satellite est lié à son heure de passage nocturne (vers 3 heures) qui favorise une très bonne détection des feux. Par contre, les passages diurnes situés entre 14 et 15 heures, produisent des images à forte saturation dans les canaux du thermique qui ne se prêtent pas dès lors au suivi des feux.

Analyse spatiale

La carte de synthèse montre que les feux se localisent à l'est d'une verticale reliant les arrondissements de Ross-Béthio au Nord et Tanaff au sud. Ils ne se manifestent que rarement dans la partie ouest urbanisée et le bassin arachidier. Les feux de brousse se développent ainsi dans les parties rurales du pays qui représentent plus de 3/4 du territoire. Au sein de cette entité, la différence est très nette entre le Nord faiblement atteint et le sud où les feux connaissent un fort déploiement dans l'espace, notamment vers le Sud-Est. La ligne de démarcation entre ces deux grandes parties est constituée par la zone de transition entre le Sud de la zone sylvo-pastorale et le Nord de la région de Tambacounda (arrondissements de Koumpentoum, Koussanar, Malème-Hodar).

Les feux ont eu un faible impact au nord de cette zone, en particulier dans le Ferlo Ouest qui correspond en gros au Département de Linguère. Cependant dans la partie orientale, les arrondissements de Ogo et Kanel présentent des cas de feux importants en superficie, comme c'est généralement le cas dans cette zone, où le tapis herbacé est continu du fait de l'inexistence de pare-feux en bon état.

La partie sud de l'aire de déploiement des feux est celle où ils atteignent leur plus forte ampleur: tous les arrondissements situés dans cette zone sont atteints. Les arrondissements de Bala, Missira, Bandafassi et Saraya, qui forment le bloc Sud-Est sont les plus touchés. L'ampleur des feux est frappante dans l'aire du Parc National du Niokolo. Le tapis herbacé à Andropogonées, caractéristique de cette partie Sud-Est, donne lieu à des feux d'une grande intensité, avec des flammes hautes qui atteignent la couronne des arbres.

Les feux diminuent progressivement en direction du Sud-ouest, où se maintiennent des forêts sacrées bien protégées (Oussouye). Ils restent très actifs cependant dans les départements de Kolda et Vélingara dont les limites Nord et Sud font frontière respectivement avec la Gambie et la Guinée-Bissau, ce qui pourrait expliquer leur récurrence.

Evolution temporelle

L'évolution de la saison 1994-1995 peut se décomposer en deux phases:
  • une période d'installation de novembre à janvier ;
  • une période de stabilisation de février à mai.

La première période correspond à la phase ascendante du phénomène qui se traduit par un triplement du cumul des surfaces brûlées entre novembre (40 000 ha) et janvier (120 000 ha). Pendant cette période, le nombre de cas de feux est multiplié par 6 à l'échelle du pays.

Les cartes mensuelles (fig. 11) montrent une progression du front des feux vers le Sud au cours de ce trimestre. Au mois de novembre, les feux du Ferlo ouest constituent les évènements dominants à coté des modestes foyers qui éclatent dans la partie est du pays (Kidira, Goudiry). Les feux du mois de décembre (53 000 ha) intéressent tout le Nord de la région de Tambacounda et une partie du Sud-Est, tandis que vers le Sud-ouest la situation est plutôt calme. L'installation du front des feux dans le Sud du Sénégal est complète en janvier, ce qui se traduit par un maximum annuel en termes de surfaces brûlées (70 000 ha) et en nombre de cas (270). La situation des feux dans le Parc National du Niokolo Koba (Arrondissement de Missira) est frappante au cours de ce mois.

La seconde période affiche une baisse des surfaces brûlées et du nombre de cas. Les feux se maintiennent au Sud et au Sud-Est, dans les régions de Kolda et Tambacounda, tandis que la partie nord se singularise par une forte accalmie.

Le cumul des mois de février et mars (68 000 ha) est inférieur au maximum de janvier. Cette baisse s'explique en partie par l'action soustractive sur le tapis herbacé des feux de la période précédente. Elle pourrait résulter également de l'ennuagement caractéristique de cette période de l'année, qui tendrait à masquer certains feux sur l'imagerie satellitaire.

La tendance à la baisse se confirme au cours des deux derniers mois de la saison. Le tapis herbacé résiduel de la partie méridionale est la proie des feux, à mesure qu'il s'assèche. Les arrondissements de Bala, Kidira, Saraya sont les plus touchés.

Aspects socio-économiques: feux et mobilité dans l'espace

L'analyse des causes de feux renvoie toujours à la présence d'activités humaines qui participent des modes de vie ou de mise en valeur des milieux. A défaut d'une étude approfondie des comportements socio-économiques tendant à expliquer les manifestations sectorielles du phénomène, on peut dégager quelques grandes lignes qui relèvent davantage de constats faits à l'occasion des déplacements effectués sur le terrain, de l'exploitation de rapports de la Direction des Eaux et Forêts ou même d'enquêtes réalisées de manière non systématique auprès des populations. Il se dégage de cette revue qu'il pourrait exister une forte relation entre les feux et les stratégies d'exploitation des ressources fondées sur la mobilité des acteurs.
Les déplacements de populations
Ils concernent surtout la zone sylvo-pastorale où l'exploitation des ressources fourragères est étroitement liée à la présence de points d'eau dispersés. Les déplacements sont conçus comme une stratégie de valorisation du milieu et de sauvegarde du bétail en période de crise. Ils peuvent se faire sur de grandes distances en direction d'autres régions écogéographiques. C'est la transhumance, qui emprunte des couloirs migratoires plus ou moins connus. Plus sporadiques, d'autres types de déplacements visent à tirer profit des pâturages les plus proches et mettent en scène des noyaux familiaux légers connus sous le nom de egge-egge. Dans les deux cas le stationnement des troupeaux et des pasteurs crée un danger de feu sur de vastes espaces et la pénurie de pâturages en cas d'incendies.

Une nouvelle forme de déplacements est venue s'ajouter à ces modes de mise en valeur de l'espace, augmentant les risques de feux. Il s'agit des marchés hebdomadaires ou louma, lieux d'échanges, de communication et d'interactions multiples qui symbolisent une nouvelle forme de mobilité en relation avec le développement des transports. La concentration ponctuelle de populations qui en résulte et la dispersion subséquente de ces dernières, comportent sans aucun doute des risques de mise en feu au sein des espaces ruraux polarisés.

Les pratiques irrégulières
Il s'agit pour l'essentiel de la contrebande transfrontalière et du braconnage, qui concernent davantage le Sud du Sénégal.

L'analyse spatiale a montré en effet la récurrence des feux dans les arrondissements frontaliers avec la Gambie et la Guinée-Bissau. Les informations recueillies auprès des services douaniers nationaux confirment cet état de fait et incriminent l'activité de contrebande, sans qu'il soit établi qu'elle soit la seule cause.

Le braconnage concerne surtout le Parc National du Niokolo-Koba, où il atteint des proportions inquiétantes avec l'utilisation d'armements sophistiqués (fusils d'assaut). Il implique aussi d'autres parties avec l'ouverture de la saison de chasse à partir du mois de janvier, avec parfois des risques de débordements au delà des zones d'amodiation.

CONCLUSION

Les feux de brousse sont très liés à certaines formes de mobilité qui relèvent des activités humaines, à travers des modes de vie, de mise en valeur de l'espace ou d'appropriation des biens et des ressources naturelles. Cette observation est corroborée par l'importance relative des zones brûlées dans les parties du Sénégal les plus concernées par ces stratégies de mobilité (Ferlo, Sud-est et frontières) et leur faible ampleur dans le quart occidental où la sédentarisation est plus marquée.

 

PERSPECTIVES

Les données sur les feux obtenues par le CSE au cours des trois dernières années ouvrent trois pistes de recherche qui constitueront, en relation avec les autres activités, les objectifs de la section pour l'année en cours:
  • l'estimation des risques d'incendie ;
  • le perfectionnement du système d'alerte ;
  • l'évaluation de l'impact économique des feux .

 

Vos contributions et commentaires sur le contenu de cette page

  • par sara -1 votes   

    - En amont:une parfaite implication des collectivités locales et un système d'alerte efficace décentralisé ; - et un dispositif de lutte efficace en aval. Imaginer une zone névralgique (tout un département)qui ne dispose d'aucune unité de lutte

  • par NOREYNI -2 votes   

    Pour une lutte effective contre les feux de brousse nous suggerons une implication des collectivités locales

  • par sisi84 -2 votes   

    Bonjour . Génial cette page , je suis trés contente car j'ai apprie beaucoup de choses , et souhaiterais en apprendre encore plus . Je vais conseiller mes ami (es) de venir la visiter .